Rivaux sur la Glace
Description du livre

Il avait une seule règle. Ne jamais s'attacher à un coéquipier. Kai Brennan vient de la briser. Lucas Morin ne sourit pas. Il ne plaisante pas. Il ne s'attache pas — surtout pas à ses joueurs. À 32 ans, capitaine des Faucons de Lyon depuis cinq ans, il a construit son silence comme d'autres construisent des forteresses : brique après brique, après la nuit où Éric Fontaine est mort seul sur une route de banlieue. Une dispute. Un refus. Un trajet qu'il aurait pu offrir et qu'il a retenu. Lucas porte ça dans ses mains calleuses, dans la petite cicatrice qui barre son sourcil gauche, dans chaque mot qu'il ne prononce pas. Il n'a pas de place pour quelqu'un d'autre. Il ne veut pas en avoir. Kai Brennan arrive à Lyon avec trois choses : un accent qui mélange Cork et Montréal, une fossette du côté droit, et la certitude terrifiante d'avoir été recruté par erreur. À 22 ans, en première saison professionnelle, il sait déjà lire les gens — c'est son seul superpouvoir fiable. Et ce qu'il lit sur le capitaine du numéro 17, derrière la mâchoire contractée et les yeux gris-vert qui ne s'attardent jamais, c'est que quelque chose de lourd est caché là. Quelque chose que personne ne regarde assez longtemps pour voir. Kai, lui, regarde. Quand Marc Delannoy pose l'offre des Patriotes de Montréal sur la table — une place en première division canadienne, une carrière garantie — Kai a trois semaines pour décider. Lyon ou Montréal. L'avenir ou ce qui commence, ici, à ressembler dangereusement à quelque chose d'important. De l'autre côté du vestiaire, Lucas a ses propres raisons de le pousser à partir. Sauf que sur la patinoire d'entraînement à 23h, dans le silence vide de la glace, ce sont les règles qui commencent à craquer — pas les hommes. Un contact d'épaule qui dure trop longtemps. Une main qui glisse sur un accoudoir de bus dans la nuit. Dix secondes, à peine, où Lucas prend la main de Kai et ne dit rien — parce que pour lui, dix secondes valent un roman entier. Ce n'est pas un jeu. Ce n'est pas une erreur. C'est le problème. Parce que Kai peut apprendre le langage de Lucas — ce "bien joué" qui veut dire autre chose, ce regard détourné au moment précis où il ressent quelque chose. Mais apprendre une langue ne suffit pas si l'autre refuse encore de parler. Et Lucas a passé cinq ans à se convaincre qu'il n'avait rien à dire. Quand l'offre de Montréal expire, qui choisit quoi — et à quel prix ?

Partagez ce livre